538ème semaine politique: Macron, le travailleur détaché du MEDEF à l’Elysée


 

 

Où l’on cause de la dernière gaffe diplomatique du petit Jupiter, de sa nouvelle offensive de com’, de la suppression de 44 000 emplois aidés dont bénéficient des handicapés et de la loi Travail.

Pyromane ou Rantanplan ?
Emmanuel Macron termine ses congés. C’est la fin de l’été, les universités politiques se multiplient – insoumis, droite, socialistes, communistes. Ces moments sonnent la fin des vacances. La droite se déchire pour désigner son président, les socialistes hésitent à changer de nom, Charlie Hebdo choque quelques bonnes âmes, et François Fillon prend un job de consultant dans une banque d’affaires « décomplexée« .

Il file en Europe de l’Est pour faire savoir qu’il défend un durcissement de la directive du travail détaché. La belle affaire ! Macron l’Européen convaincu, Macron dont l’europhilie béate avait presque dénoté dans la campagne, reprend tardivement l’argument de nombreux euro-réalistes: la possibilité offerte par l’Union européenne aux entreprises d’embaucher des salariés moins chers ailleurs lui serait désagréable. Allelouïa ! On applaudit ! En France, on compterait un peu moins de 300 000 travailleurs détachés, pour l’essentiel dans le BTP. Un rapport sénatorial il y a 4 ans dénonçait une fraude d’environ autant! La France envoie également près de 150 000 travailleurs détachés ailleurs en Europe.

Mais Jupiter s’y prend d’une curieuse façon: croit-il qu’en allant expliquer à la Pologne (dont 400 000 emplois seraient générés par ces détachements ubuesques), la Hongrie ou la Roumanie dont il a besoin pour réformer cette directive est une bonne tactique ? Macron propose-t-il un renforcement des moyens de contrôles des fraudes et des abus de cette disposition sur le sol français, en matière d’inspection du travail par exemple ? Non.

Cette intervention est bien cocasse, pour ne pas dire hypocrite. En France, Macron veut alléger le code du travail, qui, dixit sa ministre du travail, est fait « pour embêter 95% des entreprises. » Sa réforme vise par exemple à fusionner les instances représentatives du personnel, c’est-à-dire à réduire les moyens (i.e. le temps de délégations puisqu’il y aura moins d’élus) dédiés à la représentation des salariés et au contrôle de leurs conditions de travail. La réduction des moyens du ministère du travail, y compris le nombre de ses agents, est une autre hypocrisie de la vulgate macroniste.

Cette saillie verbale contre le travail détaché est surtout une diversion. L’essentiel est ailleurs, ce sont les gages qu’il veut donner à l’Allemagne à travers sa loi Travail, socialement inique et économiquement inepte, ou le plan d’économies budgétaires (qui a déclenché une crise avec l’Armée inédite sous la République).

Pour « divertir » l’opinion publique, Macron déclenche une crise diplomatique au sein de  l’UE assez inédite. Il se clashe avec la première ministre polonaise avec une violence que personne n’épargnerait s’il s’était agi d’un responsable politique plus souverainiste ou simplement plus soucieux de la cause sociale. Macron, encore une fois, perd son sang-froid.

Contre la Pologne, Jupiter agit comme Rantanplan. 

D’une simple formule, il enterre toute possibilité de compromis sans pour autant se créer un rapport de forces favorable pour faire avancer le sujet du travail détaché puisque jamais, ô grand jamais, Macron n’a brandi la menace de sortir de l’UE. Contre le président européen, la formule de Macron ressemble à une crise de nerfs presque infantile. Il est d’abord insultant pour le pays: « La Pologne n’est en rien ce qui définit le cap de l’Europe. » La cible est facile. Il insulte ensuite la première ministre polonaise, par ailleurs politiquement horrible: « le peuple polonais mérite mieux que cela« . Osons une question: pourquoi Macron n’a-t-il pas expliqué que les Etats Unis méritaient mieux que Trump ?  Il témoigne d’une agressivité contre la Pologne, et pas seulement contre son gouvernement réac, qui tranche avec les sourires et les précautions qu’il réserve à un autre fou plus dangereux, Donald Trump.

La PM polonaise réplique de manière cinglante: « Peut-être ses déclarations arrogantes sont-elles dues à son manque d’expérience et de pratique politiques, ce que j’observe avec compréhension, mais j’attends qu’il rattrape rapidement ces lacunes et qu’il soit à l’avenir plus réservé.  » Sans surprise, les services de Jupiter ont rapidement tenté de déminer la crise en confiant à la presse autorisée: « Le président de la République a dit aussi ce matin qu’il continuait à travailler avec tous dans l’UE, y compris la Pologne. » On sent le stress dans les cabinets élyséens.
Jupité-rien

Jeudi, le premier ministre Edouard Philippe fait sa première grande intervention radiotélévisée de rentrée sur RMC.

Un ratage complet.

Le pauvre homme semble encore en vacances, incapable de préciser l’agenda des réformes à venir. « Laissez moi revenir vers vous après la pause » bafouille-t-il à Jean-Jacques Bourdin. Il se révèle tout aussi imprécis sur le nombre de bénéficiaires de la suppression partielle de la taxe d’habitation l’an prochain (« 30% des Français, je pense, dès 2018, vont bénéficier de cette mesure »). Même flou sur la réforme de l’université, ou sur les orientations budgétaires de la prochaine loi de finances. Il fustige la réduction, minable,  de 5 euros des APL, mais qui est maintenue (sic!). On n’y comprend rien, sauf à considérer que ce PM est un amateur.

Pour justifier la suppression des contrats aidés, annoncée au cœur de l’été, il ment: « Vous savez qu’après un contrat aidé, le nombre de gens qui trouvent un contrat durable après un contrat aidé c’est 25%, c’est tout. Ça veut dire que 75% des gens qui disposent d’un contrat aidé, ensuite n’ont rien ». Les contrats aidés du secteur marchand sont au contraire efficaces à 57%. Et près de 80% de ces dispositifs sont dans le secteur non marchand. Affaiblir davantage le secteur non marchand, puis supprimer 120 000 postes de fonctionnaires, le projet macroniste est d’abord une politique de classe mal assumée.

Au passage, la suppression des emplois aidés va frapper directement 44 000 handicapés qui bénéficient de ces dispositifs, soit 10 % de l’ensemble des contrats aidés signés en France précise le ministère du Travail.

« C’est à se demander si, à Bercy, on est capable de travailler avec un peu de cervelle ! »
Jean-Louis Garcia, président de l’association pour adultes et jeunes handicapés (Apajh), 23 août 2017.

Si l’exercice de com’ du PM est désastreux, le même jour, Jupiter reprend l’offensive. Dans les airs, auprès de 3 journalistes choisis pour l’accompagner dans son tour en Europe de l’Est, il confie en off la grande nouvelle: Jupiter va changer de stratégie de com’ !! Damned ! On s’était habitué à ces faux silences surdosés en images et coups de com’. L’overdose menaçait même, une overdose désagréable, insoutenable tant cette communication depuis l’élection semblait insincère: des coûteuses mises en scène à Versailles aux photographies scénarisées de ces moments « intimes » de vacances et, plus récemment, du publi-rédactionnel à sa gloire publié dans la presse, la communication macroniste est si artificielle et creuse qu’elle fatigue déjà.

Il suffit d’apprendre que la maquilleuse des « non-interventions » médiatiques à répétition a déjà coûté 26 000 euros pour 3 mois de silence pour qu’on s’autorise un sourire: la révolution est en marche. Cmaude Sarraute commente: « Vous avez élu Kim Kardashian, les gars ! » …

Depuis son élection, Macron a refusé tout entretien contradictoire en direct avec la presse car il a la trouille: pas d’interview du 14 juillet (un exercice pourtant ultra-contrôlé), pas de conférence de presse avec questions/réponses de la salle, pas d’entretien filmé où un journaliste pourrait le confronter à des questions gênantes en direct. Macron se terre. Cette attitude, décidée et mise en œuvre après l’élection présidentielle, fut surprenante. Macron n’avait-il pas brillamment remporté la désagréable joute verbale avec Marine Le Pen lors du débat d’entre-deux tours ? A peine assis sur le trône élyséen, Jupiter a fait sortir que sa pensée était « trop complexe » pour se perdre dans un entretien avec la presse. Fichtre…

Le voici qu’il change son fusil d’épaule. Il va parler, enfin. C’est son projeeeeeet ! Même ses conseillers n’étaient pas prévenus.

Détaché du Medef
Lors de ce déplacement pas si loin de la France, Macron se permet cette confession publique et sur-médiatisée: « les Français et les Françaises détestent les réformes.«  C’est historiquement crétin, quand il s’agit de parler du pays de la Révolution. Les Français préfèrent peut-être la révolution. La déclaration de Macron semble surtout caprice narcissique. Assuré de faire passer sa loi Travail puisqu’il dispose d’une majorité parlementaire écrasante et godillot qui, de toutes façons, n’aura pas le droit de débattre des articles puisque le texte final, inconnu à ce jour, lui sera présenté pour approbation sans débat dans quelques jours, Macron ne prend aucun risque, bien au contraire: en déclarant la France irréformable à la veille d’un coup d’Etat démocratique, Jupiter veut jouer à Hercule. 

« Dire qu’on veut faire de la politique autrement, ça me fait bien rigoler. Ça fait quarante ans que je l’entends dire. » Alain Juppé à propos de Macron.

Ce jeudi à Bucarest, devant un échantillon de Français expatriés, il reprend une antienne que l’on osera qualifier de classe, et que l’on n’avait pas entendue dans la bouche d’un locataire de l’Elysée depuis Nicolas Sarkozy: « la France est devenu un pays de status, de privilèges, c’est ce qui la bloque. » Croyez-vous qu’il parle des plus riches de ce pays ? Ou des 350 000 foyers qui économiseront bientôt quelque 3 milliards d’euros d’ISF grâce à un allègement bienvenu décidé par Jupiter ? Non bien sûr.

« La plus grande des inégalités ne réside pas dans les écarts de richesse. » Sarkozy, janvier 2012.

Le peuple français déteste les réformes, insiste-t-il. Donc « il faut lui expliquer où l’on va ». Cette petite formule en dit beaucoup. Comme souvent, comme toujours, voici un responsable politique qui refuse de voir la réalité: il attribue la responsabilité de sa dégringolade sondagière à un déficit d’explications, et non à ses propres décisions.

Les Français auraient « mal-entendu », mal compris les enjeux de la « transformation » macroniste. Pourquoi ne sont-ils pas enthousiastes à l’idée que l’accord d’entreprise, même s’il est moins favorable, prime sur la loi et les conventions collectives sur encore davantage de sujets comme l’égalité professionnelle et la pénibilité ? Pourquoi n’applaudissent-ils pas à la création d’un nouveau contrat de travail sans durée garantie, mais résiliable à tout moment ? A l’appréciation du motif économique de licenciement au niveau de l’entreprise et non plus du groupe? N’ont-ils pas compris qu’ils doivent se t-r-a-n-s-f-o-r-m-e-r ?

Toute la semaine, syndicats et patronat défilent à tour de rôle devant quelques conseillers ministériels qui détaillent une petite moitié de la loi Travail. Nous sommes à moins d’une semaine de la présentation de cette loi, et seules quelques grandes orientations néfastes pour les salariés sont à peu près connues. Une loi que les députés ne pourront discuter ni amender en aucune matière. Ce hold-up démocratique, ringard comme une monarchie de juillet 1848, est à peine critiqué dans les médias dominants. 

Ami macroniste, as-tu besoin d’être transformé ?

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